Les origines du corset
Bonjour, j’ai choisi d’évoquer l’histoire du corset pour débuter ce blog, un de mes sujets de prédilection.
L’Antiquité

mosaïque de la ville de Piazza Armerini, Sicile, III-IVème s.apr J.-C.
Dans l’Antiquité les femmes grecques utilisaient une bande appelée apodesme qu’elles entouraient autour de leur buste pour soutenir leur poitrine. Cette bande fut reprise par les femmes romaines sous le nom de strophium.
L’apodesme et le strophium correspondent davantage à l’ancêtre du soutien-gorge plus qu’à celui du corset car ce ne sont que des bandes fines de tissu qui soutiennent la poitrine et ne la compressent pas.
L’époque médiévale

Le bliaud, Maître de La légende de sainte Ursule, exécuté entre 1490 et 1500
On peut émettre l’idée que les prémices du corset, du moins d’un vêtement mettant en valeur les formes, en les moulant, sont apparus à la fin du XIIème siècle et le début du XIIIème siècle. L’époque Gothique met en avant les vêtements ajustés, on voit l’apparition du bliaud. Certains historiens du costume le voient comme l’ancêtre direct du corset. Il s’agissait d’une robe lacée devant ou dans le dos qui descendait jusqu’aux pieds et bridait la poitrine. La mode de l’époque se focalisait davantage sur le ventre qui représentait la maternité. Le Moyen-âge a sexualisé le costume, il allonge la robe pour que la femme paraisse plus fine, et il accentue la région du ventre qui caractérise à cette époque la femme.
Qu’il se nomme bliaud, cotte ou surcot ces vêtements sont munis de lacets qui ont pour but de maintenir la poitrine tout en révélant les formes naturelles de la féminité.
De plus les femmes à cette époque ajoutaient une ceinture large qu’elles portaient très haut pour remonter leur poitrine et ainsi augmenter la faveur de leur charme. L’utilisation de cette large ceinture prouve que le surcot ou bliaud ne compressait pas le corps de la femme au Moyen- âge, il galbait leurs formes.
La Renaissance

Le bal des noces du duc de joyeuse exécuté vers 1581-1582
A partir du XVIème siècle il en va tout autrement, les seins des femmes sont toujours mis en avant mais cette fois avec des habits de dessous qui se rigidifient sous l’influence espagnole avec l’apparition à la cours de François Ier, de la basquine et de la vertugade. La vertugade connue plus tard sous le nom de vertugadin est tout simplement l’ancêtre de la crinoline. Elle servait à donner à la robe une ampleur plus importante à l’aide de panier. Le bas du corps ressemblait à un cône inversé.
La basquine quant à elle marque un tournant décisif dans le costume féminin puisque c’est le début de l’emploi de matériau rigide pour empêcher le corps de la femme de se développer naturellement. En effet ce corsage se serrait fortement sur le buste, par des lacets placés au dos, pour amincir graduellement la taille de la femme, ce qui donnait à la silhouette une forme d’entonnoir. Pour parvenir à une plus grande minceur, on a eu l’idée d’y incorporer sur le devant une lamelle de bois appelé coche. C’est la première fois que la femme est ainsi enserrée dans son vêtement et même déformée puisqu’on exagère les formes naturelles de son corps pour créer de nouvelles lignes, on se trouve bien en face d’une transformation du corps qui sera continuellement recherchée dans la mode européenne.

Différents modèles de corps piqués, début du 18ème siècle
Ce principe se développe avec le corps piqué qui efface le ventre, affine la taille et donne au buste l’aspect d’un cône. Cet habit de cour montre déjà la volonté de la part des femmes nobles de comprimer leur corps comme dans un étau d’une part avec le busc sur le devant et d’autre part avec le laçage abusif dans le dos.
En effet c’est sous le règne de Louis XIV que les couturières obtinrent le droit de créer leur propre corporation. Le 30 mars 1675 ce ne sont plus les tailleurs qui sont chargés de la fabrication des corsets mais désormais des corsetières, donc des femmes. Ce fait n’est pas anodin et il a son importance à ce moment. Les femmes portaient à cette époque des corsets très lourds, les corsetières sont plus sensibles aux soucis féminins et vont tenter d’alléger ce carcan pour qu’il soit moins pénible à porter. Je dis bien moins pénible car le corset continuait à être lacé abusivement ce qui provoquait des évanouissements à n’en plus finir à la cour car le plexus solaire était trop fortement comprimé. Celui-ci contrôle le foie, la rate et le pancréas, et après les repas les femmes souffraient davantage car leur digestion n’était pas possible du moins entravée par cette constriction continuelle. Pour remédier à ces malaises on délaçait les femmes pour qu’elles reprennent connaissance, on comprend très bien la douleur que ces femmes nobles enduraient.
Une seconde amélioration réside dans l’utilisation de plusieurs baleines à la place du busc unique. D’une part les baleines sont plus souples que le busc et permettent une plus grande liberté de mouvement -mais tout est relatif- d’autre part la multiplication des baleines tout autour du buste permet d’obtenir des corsets moins rigides.
L’Ancien Régime

Portrait de famille de Nicolas de Largillierre peint vers 1730
L’utilisation de corps baleinés est totalement rentrée dans les usages au début du XVIIIème siècle. Ils sont raides, échancrés sur les hanches, lacés par derrière et munis d’un busc par devant en bois ou en fer qui descend très bas. Les baleines quant à elles étaient glissées entre le tissu et la doublure de toile. Cette forme ne changera guère jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.
Le Directoire

la zona 1798
Le début de la Révolution ne change pas beaucoup la silhouette des femmes. En revanche le Directoire remet à la mode le style antique. Les femmes abandonnent leur corset, chose qu’elles n’avaient point fait depuis des siècles. Leur liberté de mouvement est donc totale, elles soutiennent leur poitrine par une brassière de toile appelée zona selon le modèle antique. Elle était portée sur la robe, plus haut que la zona antique, son bord supérieur était légèrement évasé sur le devant pour recevoir la partie inférieure de la poitrine. Cette mode est suivie activement.
Le Consulat

Corset à la Ninon, 1810
Mais ce moment de liberté ne dura pas longtemps, l’idée que le corps devait être continuellement soutenu pour être en bonne santé était trop ancrée dans les mœurs pour ne pas voir réapparaître le corset dès 1799 sous le Consulat. Le corset à la Ninon fait parti de ces nouveaux corsets, il connut une vogue importante, il comportait des baleines comme le corps piqué de l’Ancien Régime mais il était coupé assez court et s’arrêtait à la taille, les hanches n’étaient donc pas comprimées.


29 octobre 2008 à 22:59
Concis, Synthétique et clair c’est ma foi une bonne entrée en matière que nous avons là.
J’ai cependant une question sur le chapitre consacré à l’epoque médievale.
L’usage du bliaud (cotte ou surcot) ne peut il être compris que comme simple soutient plus que comme instrument de mise en valeur des formes ?
La photo, qui vient d’être ajouté, semble, cinglante, me répondre par la négative.
Mais je tente tout de même ce débat.
Beau travail, dans tous les cas.
B.S.
29 octobre 2008 à 23:12
Merci Badradine, tu es mon premier commentaire ça me fait plaisir que tu me poses une question.
Alors en fait le bliaud servait à la fois à soutenir les formes mais comme c’était un vêtement qui se portait au-dessus de la robe, et non un élément de dessous, il permettait aussi de mettre en valeur la poitrine et le ventre.
Sur l’image le bliaud est lacé sur le devant pour focaliser le regard sur cette partie du corps.
A bientôt
Tiphaine
13 novembre 2008 à 14:56
On attend la suite avec impatience
Bonne chance pour cette nouvelle aventure!
11 novembre 2009 à 17:27
Merci beaucoup car je fait justement mon TPE sur le corset te je manque de sources ! D’ailleurs si tu pouvais m’en indiquer je t’en serais encore plus reconnaissante !
11 novembre 2009 à 23:11
Bonjour Paola,
Ravie si cela t’est utile. J’ai étudié pendant deux ans l’histoire du corset lors de mes années de Master. Tu fais un TPE pour quelle matière?
Je regarde mes sources et je t’envoie un mail directement, comme ça ce sera plus simple.
J’essaie de t’envoyer ça pour la fin de la semaine.
Bonne continuation dans tes recherches, ce sujet est tellement passionnant
21 mars 2010 à 15:59
bonjour,
Je recherche des informations sur les petits flacons à parfum appelés « corsetières » que l’on glissait dans les corsets. Pourriez-vous me renseigner ???
Merci !
Lea
28 mars 2010 à 14:25
Bonjour Léa,
Je pense qu’il faudrait que vous vous renseigniez davantage vers des blogs parlant de miniatures de parfums. Je pense que les femmes glissaient ces flacons au creux de leur corset pour l’utiliser quand elles le souhaitaient. Un beau livre est présent sur le site de la fnac, je vous donne le lien.
http://livre.fnac.com/a2444447/Francoise-Anne-Maillet-Contoz-Objets-du-parfum?Fr=20&To=0&Ra=-1&from=201&mid=1935751
Désolée je n’ai pas plus d’informations.
31 mai 2010 à 19:51
Bonjour!
Tout d’abord, merci pour ces precieuses info bien détaillées…
Je fais un master sur le costume du 18ème siècle et j’aimerais bien savoir de quoi étaient composés les « dessous » des nonnes (en Europe).
Avaient-elles des corsets, corps baleinés ou de simples bandes…. Et qu’en est il des paniers?
Ma question est précise, il est inutile de répondre par des suppositions… J’ai besoin d’en être sure même si je suppose que non…!
Merci à toutes d’avance!
Lili
1 juin 2010 à 15:56
Bonjour Lili,
Merci de votre passage sur le blog.
J’ai étudié le corset sous le regard de la mode et de la médecine, mais je n’ai pas penché mes recherches sur les dessous des nonnes. Je ne pourrai donc pas vous aider.
Bon courage dans vos recherches, c’est une bonne idée d’étudier le costume religieux.