Madeleine Vionnet, puriste de la mode

Madeleine Vionnet, cette exposition qui se tient au Musée des Arts décoratifs, j’y suis allée il y a quelques semaines de cela, mais je n’ai pas eu le temps de vous en parler, je m’y attèle dès à présent.

Un des logos de la Maison Vionnet

Un des logos de la Maison Vionnet

Tout d’abord j’adore le travail de Madeleine Vionnet, je l’ai découverte lors de mes études, et quand j’ai su qu’une exposition lui était consacrée j’étais enchantée. Je me demandais comment allait être présenté son travail. Comme toujours le musée des Arts décoratifs ne m’a pas étonné dans sa scénographie. Ce sont toujours les mêmes vitrines incurvées sur fond noir, irrémédiablement à la même place. Je ne sais pas si le musée veut rentabiliser cette présentation, mais cela commence à m’ennuyer légèrement. J’aime quand un travail de scénographie a été savamment pensé pour que le visiteur se projette dans l’époque et l’atmosphère du sujet évoqué. C’est pour cela que je suis toujours heureuse d’aller à une exposition du Musée Galliera, car ils s’attachent à développer un lieu en accord avec les costumes exposés. Que pensez-vous de mon point de vue? Suis-je la seule?

Robe de la collection AH 1920

Robe de la collection AH 1920

Mais revenons à notre sujet. C’est à l’âge de 12 ans que Madeleine (1876-1975) commence son apprentissage chez un couturier. En 1896, elle part à Londres pour apprendre l’anglais. Elle y débute sa carrière en tant qu’essayeuse chez Kate Reily. En revenant en France, en1901, elle est engagée chez Callot Sœurs où elle est nommée première d’atelier. Mais elle quitte la maison car Jacques Doucet lui offre la possibilité de créer ses propres modèles. En 1912 elle installe sa maison de couture au 222 rue de Rivoli.

Robe du soir, été 1931

Robe du soir, été 1931

Ses créations privilégient des lignes épurées qui mettent en valeur le corps féminin sans l’entraver. Elle s’inspire des péplos grec de l’antiquité. Pour cela elle développe la technique de la coupe en biais. Le biais était bien entendu utilisé en couture mais surtout pour les doublures des corsages. Madeleine Vionnet l’utilise pour créer ses robes, elle drapait d’un seul tenant l’ensemble du vêtement. Grâce à cette technique, plus besoin de doublures, de baleines, de boutons ou d’agrafes et le corset est définitivement supprimé. La femme est totalement libre dans ses mouvements.

Le fameux mannequin de bois que l'on peut retrouver dans l'exposition

Le fameux mannequin de bois que l'on peut retrouver dans l'exposition

Madeleine travaillait directement en volume sur un mannequin en bois de 80 cm. Elle ne faisait ni dessins ni croquis préparatoires, et ajustait ses créations au fur et à mesure. Elle déclinait ses modèles à partir de trois figures élémentaires: le carré, le rectangle et le cercle. D’ailleurs on peut découvrir dans l’exposition, grâce à des animations en 3D, la mise en volume de la robe en partant du tissu. C’est très instructif et ludique, on comprend mieux sa technique.

La robe est taillée en biais dans une forme géométrique

La robe est taillée en biais dans une forme géométrique

Vionnet a toute sa vie créé des robes, jamais de pantalons. C’est donc une collection de robes en mousseline, gaze, soie, tulle, crêpe et organdi que l’on peut admirer sur les deux étages de présentations. Certains modèles ont une coupe intemporel, fluide avec des couleurs franches, poudrées que l’on pourrait admirer longtemps tant ses drapés mettent en valeur le corps féminin. « Le noir, le blanc et puis des beaux tons francs, sincères. Des bleus et des verts qui parent les yeux, des rouges qui rappellent les lèvres, mais pas de coloris mal définis »

On voit bien le jeu du miroir pour voir l'ensemble de la robe et le numéro de série

On voit bien le jeu du miroir pour voir l'ensemble de la robe et le numéro de série

Lors de cette exposition j’ai découvert l’importance que la créatrice portée à la protection de ses oeuvres et du droit d’auteur. Pour cela elle faisait photographier chaque année ses nouveaux modèles devant un miroir où l’on pouvait voir à la fois le devant, le dos et le côté du vêtement. Chaque modèle portait sa griffe avec un numéro de série et l’empreinte de son pouce. Elle fit don de ses albums de dépôts de modèles, classées par année, à l’Union Française de l’Art et du Costume, qui devint les Arts décoratifs.

Robe du soir, hiver 1935

Robe du soir, hiver 1935

Une exposition intéressante qui met en lumière les innovations de Madeleine Vionnet, à travers des coupes prodigieuses. Une belle représentation de la féminité.

Sources des images: les Arts décoratifs

Infos: l’expo se déroule du 24 juin 2009 au 31 janvier 2010. 107 rue de Rivoli, ouvert du mardi au dimanche, métro Palais-Royal, Tuileries ou Pyramides.

5 réactions dans “Madeleine Vionnet, puriste de la mode

  1. cette femme me dit quelquechose …

    Je pense qu’on a du travailler sur une de ces robes magnifiques, tout en torsion et légèreté … si je me souviens bien …

    n’est-il pas ?

  2. Cela t’a plu alors on dirait ?
    Personne n’a oublié le talent de Madeleine Vionnet. Son nom vient d’être racheté par Matteo Marzotto, ex-président de Valentino – ex de Naomi Campbell aussi… Le styliste est Rodolfo Paglialunga, qui vient de présenter sa collection printemps-été 2010 le vendredi 2 octobre en marge de la Fashion Week. C’est intéressant de voir comment un styliste se réapproprie les codes d’un autre styliste. Et comme les temps ont changé, et les femmes aussi, lui il crée des pantalons. Mais ce n’est pas dans nos prix, Tiphaine !

  3. Merci Popeline pour ces informations à la fois stylistiques et people! :)
    Je vais aller regarder ça de plus près.
    Bises

  4. les robes de Madeleine Vionnet sont des oeuvres d’art.On visite l’expo comme on va au musée.Quel modernisme!cesrobes pourraient être portées de nos jours!C’est avec émotion que j’ai visité l’exposition:sur certaines robes il est possible que figurent des broderies perlées confectionnées dans les ateliers de mon grand-père André Royneau,qui fournissait les grands couturiers,en desssinant lui-même les motifs,sur commande des maisons de couture!

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